BOITE À OUTILS

LA FACTURE INSTRUMENTALE

Dans la continuité des billets communs proposés par les membres de la commission documentation du réseau FAMDT, voici une nouvelle sélection d’archives sonores et vidéo. Le thème du mois : la facture instrumentale. Découvrez les paroles et comptines de luthiers et musiciens, leurs connaissances, savoir-faire et essais plus ou moins réussis.

 

Comme à chaque fois, vous pouvez retrouver l’ensemble de ces enregistrements sur les bases de données des structures membres de la commission documentation ou sur le Portail du patrimoine oral.

 

Débutons ce tour de France avec un instrument oublié mais que certains ont peut-être connu, la varinette. C’est entre quelques mots de patois et la récitation de vêpres que Hubert Dufour a collecté en 1980 auprès d’un habitant de Laferté-sur-Amance la description de cet instrument qui tenta dans les années 1920 de détrôner l’harmonica. L’enquête dont provient cet extrait est conservée par la MPO – Maison du patrimoine oral en Bourgogne.

 

 

Information sur un instrument joué par les enfants (numéro d’inventaire MPO 1257a02_10)

 

Dans le Limousin, l’instrument de René Chabassier, accordéonniste diatonique, nous rappelle que l’évolution de la facture instrumentale peut être le résultat d’échanges entre facteurs et musiciens. Alors qu’il désirait un instrument plus puissant pour couvrir le bruit de la foule, René Chabassier vit son souhait se réaliser grâce à une modification de la réserve d’air et du nombre de plis de son instrument.

 

 

Histoire de l’accordéon sur musicien René Chabassier (numéro d’inventaire CRMTL LIMF0055_12)

 

André Nussas réalisa en 1992 pour Radio Pac une compilation d’enregistrements en hommage à cet accordéonniste décédé un an plus tôt. Les enregistrements sont à retrouver sur le site du CRMTL – Centre régional des musiques traditionnelles en Limousin.

 

En Normandie, Jean Delahaye et sa femme Mauricette se sont intéressés aux métiers et savoir-faire anciens. C’est en juin 1980 qu’ils rencontrent Désiré Lebourg et force est de constater que n’est pas archetier qui veut. Ce fabricant de violon installé à Jumièges en Seine-Maritime revient sur ses tentatives de fabrication d’archet et les spécificités du métier d’archetier.

 

 

Discussion sur l’archet – sa fabrication (numéro d’inventaire La Loure 0566-13)
L’ensemble de l’entretien et les enregistrements réalisés par le couple entre 1979 et 1984 sont à découvrir sur la base de données de La Loure.

 

billet ppo

Le luthier P. Claudot teste la sonorité du bois (cliché H. Claudot-Hawad) vers 1985

 

Difficile de parler d’instruments à cordes sans citer Mirecourt. Cette petite ville vosgienne est le berceau de la lutherie de facture française. Hélène Claudot-Hawad, directrice de recherche au CNRS, y mène dans les années 1980 une enquête ethnologique auprès des luthiers et mirecurtiens nés au début du XXème siècle. En juillet 1981, elle interroge le luthier Pierre Claudot qui n’est autre que son père. Il explique notamment le choix des bois utilisés pour la fabrication d’un violon et ici plus particulièrement la sonorité d’une pièce de bois.

 

 

La sonorité du bois (extrait de l’enquête n°3988, phonothèque de la MMSH)

 

Ces enregistrements ont été déposés par l’enquêtrice à la phonothèque de la MMSH – Maison méditerranéenne des sciences de l’homme et sont accompagnés de 1127 diapositives. Retrouvez-le en ligne et dans une série d’articles rédigés par l’enquêtrice et publiés sur le blog de la phonothèque.

 

Restons parmi les cordes avec cette fois-ci une curiosité, le violon-sabot. Aux Epesses, dans le canton des Herbiers en Vendée, Marcel Fortin, à la fois agriculteur, violoneux et chanteur, explique en 1983 sa tentative de fabriquer un violon à partir d’un sabot.

 

 

A propos de la fabrication d’un violon-sabot (numéro d’inventaire Cerdo 001556-2_25)

 

Pascal Guérin a recueilli de nombreux récits de vie conservés au CERDO, le Centre d’Études, de Recherche et de Documentation sur l’Oralité de l’UPCP-Métive.

 

En Catalogne, Vincent Vidalou, musicien et professeur de hautbois catalans, revient sur l’histoire de la tenora, son invention par le facteur perpignanais André Toron et sa fabrication en bois de jujubier.

 

 

Le jujubier (numéro d’inventaire MúSIC CIMP f053_003), extrait des enquêtes « La Bombarde et ses Cousines » , par Padrig Sicard

 

Cette archive vidéo a été réalisée et est conservée par le CIMP – Centre internacional de música popular. Un dossier documentaire consacré à la tenora est disponible sur le site du musée des instruments de Céret.

 

Un peu plus à l’ouest, le COMDT – Centre Occitan des Musiques et Danses Traditionnelles conserve les souvenirs de Charles Mouly, collectés en juin 2002 par Pierre Corbefin et Bénédicte Bonnemason. Cet homme originaire de Compolibat en Rouergue décrit avec précision la fabrication d’instruments végétaux, hautbois d’écorce montés en spirale et sifflets, réalisés à l’aide de rejets de chataîgnier et d’un couteau Laguiole, département de l’Aveyron oblige.

 

Description de la fabrication d’instruments végétaux (numéro d’inventaire COMDT 660-7)

 

Si Charles Mouly n’a pas le souvenir de formulettes, Jean Arsac, lui, s’en souvient bien. Ce chanteur du canton d’Yssingeaux raconte au détour d’une comptine en occitan la fabrication d’un sifflet végétal à partir d’une branche. Cette archive sonore est conservée par l’AMTA – Agence des musiques traditionnelles en Auvergne qui en a réalisé la transcription et la traduction.

 

 

Comptine occitane « Saba, saba » accompagnant la fabrication de sifflets (numéro d’inventaire AMTA D2728)

 

A bientôt, pour un nouveau billet commun et un nouveau thème.

 

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Les auteurs du billet : Stéphanie Coulais (CERDO), Yvon Davy (La Loure), Eric Desgrugillers (AMTA), Eva Durif (CRMTL), Véronique Ginouvès (MMSH), Marie Grollier (MúSIC CIMP), Marie-Laure Labois et Michaël O’Sullivan (MPOB), Gwenaëlle Sarrat (COMDT).

Mars 2016

 
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Crédits photographiques : Violon sabot d’un musicien de Fenioux (79), cliché de Dominique Simonet, collection UPCP-Métive