COMMUNIQUÉ –
LE NOUVEAU PAVILLON, EUROFONIK ET PORTEVENT :
LA FAMDT EXPRIME SON SOUTIEN ET APPELLE À PRÉSERVER LES ÉCOSYSTÈMES CULTURELS
C’est avec une profonde tristesse que la FAMDT apprend la fin annoncée du Nouveau Pavillon, créé en 2003, membre historique de son conseil d’administration et relais territorial essentiel de la Fédération, ainsi que la fermeture prochaine de Portevent, quelques mois seulement après son ouverture à Nantes, et l’arrêt du festival Eurofonik.
Nos premières pensées vont à l’équipe salariée, aux bénévoles, aux artistes, aux associations partenaires, aux publics et à toutes celles et ceux qui, pendant plus de vingt ans, ont donné leur temps, leur énergie et leur confiance à cette aventure collective.
Car Le Nouveau Pavillon n’était pas seulement une association. Portevent n’était pas seulement un lieu. Eurofonik n’était pas seulement un festival. Ils formaient ensemble un espace de création, de transmission et de rencontre. Un espace où les musiques et danses traditionnelles pouvaient se réinventer sans renier leur histoire, dialoguer avec d’autres expressions artistiques et trouver leur place dans l’espace public. Un espace où se croisaient artistes, habitant·es, familles, professionnel·les, bénévoles et associations.
Trop peu de lieux et projets de ce type existent en France : le Nouveau Pavillon occupait une place essentielle dans notre écosystème national des musiques et danses traditionnelles. Il contribuait à rendre visibles des esthétiques encore trop souvent reléguées aux marges des politiques culturelles.
La FAMDT a beaucoup cheminé aux côtés du Nouveau Pavillon et d’Eurofonik. Nous avons partagé des rencontres, des réflexions, des expérimentations et des combats communs. Nous avons travaillé ensemble à mieux faire reconnaître la création contemporaine dans le champ des musiques et danses traditionnelles. Ce compagnonnage a notamment permis la réalisation de l’ouvrage consacré à la création dans les musiques et danses traditionnelles, qui demeure une ressource précieuse pour notre réseau et pour l’ensemble du champ culturel.
L’expérience de Portevent prolongeait cette histoire avec courage et inventivité. En quelques mois, ce lieu avait accueilli de nombreux projets artistiques, des résidences, des associations, des propositions familiales et des événements ouverts à toutes et tous. Il avait trouvé sa place dans un quartier, fédéré des énergies et commencé à faire naître de nouveaux imaginaires.
Sa disparition ne signifie donc pas seulement la fermeture d’un équipement. Elle signifie la perte d’emplois, d’un outil de travail pour les artistes, d’un espace de vie pour les habitant·es et d’un point d’appui pour tout un réseau. Elle adresse, surtout, un signal préoccupant à l’ensemble des initiatives artistiques et culturelles qui œuvrent chaque jour au service de l’intérêt général.
Nous ne souhaitons ici désigner, ni responsabilité particulière, ni coupable commode. Mais, nous devons regarder la réalité en face. Partout en France, les structures culturelles de l’économie sociale et solidaire avancent sur des lignes de crête. Elles doivent faire face à l’instabilité des financements, à la succession de décisions parfois contradictoires, au durcissement des critères de soutien, à la multiplication des démarches
administratives et au raccourcissement constant des temporalités. Elles doivent investir, recruter, inventer et fédérer, sans toujours disposer de la visibilité nécessaire pour construire durablement.
Trop souvent, l’urgence empêche la co-construction. Trop souvent, des décisions prises séparément produisent, par leur accumulation, des conséquences que personne n’avait véritablement souhaitées. Alors viennent l’incompréhension, l’épuisement des équipes et, parfois, la disparition de projets pourtant reconnus pour leur qualité, leur utilité sociale et leur ancrage territorial.
Les initiatives culturelles d’intérêt général ne peuvent pourtant être réduites à leur seule rentabilité immédiate. Leur robustesse repose sur un équilibre exigeant : l’engagement associatif, la mobilisation bénévole, les ressources propres et le soutien des politiques publiques. Cet équilibre demande du temps. Il demande de la constance. Il demande une confiance réciproque et une véritable co-construction entre les associations,
les collectivités territoriales, l’État et leurs partenaires.
Comme le défend la FAMDT, les initiatives artistiques et culturelles de notre grand champ des musiques et danses traditionnelles sont des biens communs territoriaux. Lorsqu’une structure disparaît, ce n’est jamais elle seule qui s’efface. C’est tout un écosystème qui se fragilise : des artistes qui perdent des opportunités de travail, des professionnel·les qui perdent leur emploi, des bénévoles qu’on prive d’expériences qui donnaient du sens à leur vie, des associations qu’on décourage de porter des missions d’intérêt général, des partenaires et des habitant·es qui trouvent des motifs de déception et de colère.
Nous appelons donc, dans les temps difficiles qui s’annoncent, à renforcer les espaces de dialogue, de concertation et de coopération, afin de mieux articuler les interventions publiques et de garantir aux structures, une visibilité à la hauteur du temps nécessaire à l’accomplissement de leurs missions. Les évolutions de soutien doivent pouvoir être anticipées, discutées et accompagnées, afin que leurs conséquences humaines, artistiques, économiques et territoriales soient pleinement mesurées.
À travers la fin annoncée du Nouveau Pavillon, d’Eurofonik et de Portevent, c’est une question nationale qui nous est posée : que voulons-nous préserver de ce qui nous relie ?
Partout en France, des personnes ouvrent des lieux, accompagnent des artistes, transmettent des répertoires, organisent des bals, accueillent des récits et font dialoguer les générations. Ces lieux ne défendent pas seulement des activités, ils maintiennent ouverts des espaces de liberté, de diversité et de fraternité.
La FAMDT assure de son plein soutien l’équipe du Nouveau Pavillon, d’Eurofonik et de Portevent, ses bénévoles, les artistes et toutes les personnes engagées dans cette aventure. Nos pensées vont également à toutes celles et ceux qui, sur l’ensemble du territoire, font vivre ces lieux et ces initiatives malgré des conditions devenues toujours plus incertaines.
Puissions-nous tirer de cette situation une exigence commune : celle de ne jamais considérer ces projets comme acquis, de ne jamais laisser l’incertitude tenir lieu de politique et de toujours préférer le dialogue à l’incompréhension.
Parce que lorsque disparaît un lieu de culture, ce n’est pas seulement une porte qui se ferme. C’est une part de notre capacité à créer, à transmettre et à faire société qui vacille.
Le bureau de la FAMDT